"« L’éclipse » est sur le ton de l’autodérision, très légère et très gaie mais j’aime le contraste entre la mélancolie et le truc sautillant pop, frais et léger." Liza Manili
Liza Manili se sera fait attendre mais le jeu en valait la chandelle. Son premier album sort enfin et il est à la hauteur des espérances. Entre pop lumineuse à la fraicheur instantanée et ballades envoutantes, Liza Manili ne fait pas dans la redite ni dans la caricature et propose un univers personnel et intelligemment millimétré.
Liza Manili est la bombe pop française prête à révolutionner votre printemps musical. Son premier album sort le 4 juin et à cette occasion, elle donnera une série de concerts à Paris.
"« L’éclipse » est sur le ton de l’autodérision, très légère et très gaie mais j’aime le contraste entre la mélancolie et le truc sautillant pop, frais et léger." Liza Manili
Entretien par Alexandre Blomme
1. Tu viens de Strasbourg, ville qui a enfanté Matt Pokora et Herbert Léonard donc à quel âge as-tu commencé la musique ?
La musique a toujours fait partie de moi depuis que je suis toute petite, après, j’ai commencé à écrire ma première chanson il y a cinq ans.
2. Suite à quoi as-tu commencé à écrire ?
C’est un ami qui m’avait vu à un karaoké et qui m’avait dit « mais Liza tu devrais trop chanter et écrire des chansons » et du coup, j’ai eu le déclic et je me suis lancée. Je pense que ça a toujours fait partie de moi, j’ai toujours rêvé de ça mais je ne pensais pas que j’allais écrire autant de chansons et faire un album. Oui, c’est venu il y a 5 ans, le déclic est venu à ce moment-là
3. Tu fais partie d’une famille de musiciens, quel est ton héritage musical ?
Mon père est musicien et donc, oui, je fais un peu partie de ce milieu-là à Strasbourg. En fait, mon père était tourneur de Trust à l’époque (rires). Mon père c’est vraiment, enfin il est beaucoup plus dans le rock tout ça. Et puis il était musicien, il avait des groupes à l’époque et des boites de nuit donc du coup, j’ai toujours été un peu dans ce milieu artistique.
4. Et quelle elle est ta première chanson ?
Elle s’appelle « Comme une amoureuse » mais elle n’est pas sur l’album. Elle sera peut-être dans le deuxième je ne sais pas ! (rires)
5. Tu as commencé une carrière de modèle à Paris et c’est dans ces conditions qui tu as écris « Le petit train » car tu faisais souvent des allers-retours entre les deux. Est-ce que c’est cette chanson-là qui t’a donnée envie après de faire l’album derrière ?
Non. C’est la première fois que j’ai écrit qui m’a donné envie de faire un album. « Le petit train » je l’ai écrite après, ça devait être ma quatrième chanson que j’écrivais. Cette chanson parle vraiment du moment où je suis partie de Strasbourg, c’était vraiment de l’année de mes 17 à 18 ans, je faisais des allers-retours tout le temps et du coup, j’écris vraiment cette période où je rêvais dans le train, où je rêvais de Paris, je rêvais de l’indépendance, je rêvais du milieu artistique. Je prenais mon indépendance vu qu’après à 18 ans, je m’installais à Paris définitivement.
6. Installée à Paris, comment as-tu commencé à faire de la musique ?
J’ai rencontré après des musiciens, ça s’est fait assez naturellement, j’ai rencontré Daniel Marcela avec qui j’ai fait des musiques, des chansons et après ça s’est enchainé. J’ai rencontré Séverin qui m’a repéré sur MySpace. J’avais mis quelques chansons et du coup, il m’a fait chanter sur son album « Cheesecake ». Il m’avait écrit la chanson « Les restes » et du coup, ça a vraiment démarré à partir de ce moment-là. Après les maisons de disque se sont intéressées à moi et deux ans après, j’ai signé chez EMI.
7. A quelques jours de la sortie de ton album, quel est ton sentiment ?
Je suis hyper contente, j’ai hâte de faire plein de concerts. Je pense déjà au deuxième album. Je suis super heureuse, je suis très fière de cet album, je l’adore donc j’attends que ça se passe bien.
8. Quand est-ce que tu as commencé à écrire cet album et quand l'as-tu enregistré ?
Il y a 5 ans. Je l’ai enregistré de septembre 2010 à janvier 2011 donc ça a mis à peu près 5 mois : le temps de répéter, de faire le studio, le mixage, le mastering. Il était vraiment fini fin janvier 2011.
9. Et depuis ?
Et depuis, il y a eu les clips, une petite tournée, il y a eu des concerts. Il y a eu toute l’image à faire de l’album, les pochettes. J’ai tourné aussi des films pour France 2, j’ai tourné cet hiver pour un film de Jacques Renard qui s’appelle « Interdit d’enfants » qui sera sur France 2 en novembre je pense et j’ai tourné la deuxième saison de « Deux flics sur les docks » avec Bruno Solo et Jean-Marc Barr. J’ai tourné, j’ai fait une campagne pour ba&sh donc voilà il se passe tout le temps des trucs, je ne m’ennuie pas ! (rires)
10. De quoi tu as besoin pour commencer à écrire ?
Moi, j’écris vraiment sur des sentiments, sur des choses qui m’arrivent en fait. Ce n’est pas vraiment des histoires, à part « Le petit train » qui raconte l’histoire de mes aller-retour et de mon arrivée à Paris mais après c’est plus…Ça peut être de la tristesse, ça peut être des doutes, c’est un peu de l’auto analyse (rires). Du coup, je vis très bien quand je ne suis pas bien ou que je doute ou que je tombe amoureuse. C’est toujours des moments précis … Je ne sais pas comment expliquer mais c’est des sentiments qui m’arrivent en fait et c’est un besoin maintenant. Dès que je ne vais pas bien ou que j’ai un truc fort qui m’arrive, j’ai besoin d’écrire, j’ai un besoin et du coup, je vis le moment très bien, je ne le contourne pas. Souvent on est là, on fait « ah je ne suis pas bien, je n’aime pas » mais en fait moi j’aime bien parce que du coup j’écris plein de choses donc c’est hyper intéressant en fait.
11. Il y a une chanson qui est complètement hypnotique sur l’album, c’est « Christopher Williams »,dans quel était étais-tu pour enregistrer cette chanson ?
Ce n’est pas moi qui ai écrit « Christopher Williams », c’est Antoine Léonpaul. Vu que ça parle de mort, enfin c’est un peu spécial quand même. C’est obligé que ça touche en fait. Moi ça m’a touché, cette chanson m’a touchée. Je pensais à des gens que j’aimais. Après je pense que ça arrive à tout le monde de se dire « ah c’est drôle, j’ai acheté ce blouson en friperie mais qui l’a porté avant ? » C’est assez dingue s’il date, s’il est très très vieux, est-ce que les personnes sont encore vivantes, est-ce qu’elle est là ou d’où il vient donc elle m’a vachement touchée cette chanson tout de suite et la musique s’est vraiment faite pendant le studio, ça a été limite une impro, enfin à la fin, il y a tout un truc qui part, tout ça était de l’impro. On était vraiment dedans, cette musique nous a complètement emporté, c’est un tout quoi.
12. Le mettre à la fin de l’album était aussi une décision de laisser plus de place au morceau ?
Oui, je voulais vraiment que ça explose à la fin et du coup, je voulais vraiment que ce soit la dernière et je trouve que c’est un très joli final.
13. Il y a un son qui est très électro pop des années 80 qui est très Jacno dans tes compositions surtout comme sur « Se revoir », c’est la patte de Séverin qui a amené cette touche là où c’est de ta part ?
C’était une volonté de notre part à tous en fait parce que c’est des références qu’on avait de toute manière en commun donc oui, ça fait partie de mes références de toute manière. Tous les Daho, les Lio de l’époque, j’adore, je trouve ça génial et du coup je trouve que sur l’album c’est intéressant. J’avais envie de donner vu que c’est un peu un auto portrait, j’ai aimé l’idée de donner un côté très pop, très sautillant, assez frais et la touche mélancolique comme « Christopher Williams » qui est quand même un peu plus sombre dans la musique, j’aime le contraste des paroles et de la musique. A part « L’éclipse » qui est sur l’autodérision et qui est très légère et très gaie mais j’aime le contraste entre la mélancolie et le truc sautillant pop, frais et léger.
14. Bashung était aussi une de tes idées ?
J’ai vraiment découvert Bashung à la Cigale trois mois avant sa mort et en fait, je ne connaissais pas trop à part ses tubes et quand j’y suis allée, ça a été une révélation. En plus, c’est marrant parce que Bashung, il te touche, enfin ses chansons, enfin pourtant les paroles, on en comprend pas trop mais en fait je trouve que ce qui est hyper intéressant c’est qu’on ressent beaucoup de choses alors que ça nous laisse dans l’imaginaire. On peut interpréter ses chansons un peu comme on veut et c’est ça que j’ai adoré, j’ai pleuré pendant tout le concert alors que je ne connaissais pas toutes les chansons et j’ai été touché par sa voix, par la musique et la force, l’émotion qu’il a en interprétant ses chansons. C’était juste une révélation pour moi, c’est le chanteur français qui me touche le plus aujourd’hui.
15. En arrivant tu as vécu avec Soko ?
Comment tu sais ça ? (rires) Non, ce n’est pas quand je suis arrivée, c’est de mes 17 à 18 ans quand je faisais mes allers-retours. Oui, elle m’hébergeait et c’est elle qui m’a envoyé dans une agence de pub pour que je commence à faire des photos à Paris donc c’est quand même un truc de dingue.
16. Où commence ton univers et où sont les frontières de ton univers esthétiquement ?
Pour moi tout va ensemble : la mode avec le cinéma avec la musique, tu ne peux pas échapper à ça et du coup, je pense que c’est un peu malgré moi vu que j’aime ça. J’aime la mode, j’aime le cinéma, j’aime les photos, j’aime l’image, j’aime la musique donc pour moi, il n’y a pas vraiment de limites. Je fais ce que j’aime. Il n’y a pas trop de calculs, je décide juste les choses comme je les ressens. Je vois s’il y a un truc que j’aime ou que je n’aime pas. C’est comme ça que je décide, par goût en fait.
17. Et justement, pour la pochette de l’album, le clip, tout le packaging autour de ton image, tu avais quoi comme envie esthétique ?
Mon album, pour moi, c’est un peu un autoportrait. J’avais envie qu’il y ait un portrait, du coup après, il y a un cadre qui s’est fait un peu comme ça. Les clips, ça se fait naturellement, c’est des trucs que j’aime, j’ai des idées après c’est les chansons qui...Pour « L’éclipse », j’avais envie qu’il y ait un duel entre une blonde, enfin que je sois en blonde et en brune, c’était mon but. J’avais vraiment envie d’un clip où je me retrouve en blonde et où je me bats avec moi-même avec le côté un peu superficiel, le côté petite fille, enfin ce mélange...Sinon « non non », ça s’est fait avec Dorothée Perkins qui est la photographe qui fait toutes mes photos avec une grande amie à moi qui le prend en photo depuis que je suis arrivée à Paris. J’avais vraiment envie que ce soit elle qui fasse les photos, c’est elle qui a fait le clip de « Non non ». On travaille toujours toutes les deux sans équipe, on aime faire les choses à deux. Après c’est avec des personnes aussi que tu crées le truc, c’est des connections, des rencontres qui font que tu as des idées, tu travailles. Des idées de pochette, c’est Leslie David qui a fait le graphisme, elle a proposé plusieurs trucs ; après on a choisi. C’est des choix, des rencontres et puis l’univers se crée sans vraiment réfléchir.
18. Tu traines dans le milieu musical depuis pas mal d’années enfin depuis que tu es arrivée à Paris, tu as tourné dans pas mal de clips. Tu as joué dans un clip de Kyo, un court métrage de Marc Maggiori, ex-Pleymo, ...
Aaaah !j'aime pas … ! (rires)
19. Tu es souvent aussi dans les clips de Révolver. Qui est ta famille musicale ?
C’est Revolver, Soko, Séverin, Antoine Leonpaul, La Fayette.
20. Dans un des clips de Revolver, les garçons te laissaient sur le bord de la route et la maintenant, ils t’ont pris avec eux dans leur camion pour partir en tournée. Ca donne quoi Liza Manili en live ?
Un truc énergique et sympa, il faut venir d’amuser. C’est de la scène. J’espère que je donnerais des émotions aussi et puis de la joie et du bonheur, on en a besoin je pense.
21. D’après toi quel est le meilleur endroit pour écouter ton album ?
Je pense que la meilleure manière de l’écouter est au casque sur la plage, comme ça c’est le top. (rires)