Après nous avoir fait dire Yeah ! lors de leur premier single il y a six ans, les Hushpuppies reviennent avec Low Compromise Democracy, nouvel extrait de leur dernier album The Bipolar Drift.
"Avant quand on faisait un morceau qui partait un peu trop électro, new wave ou pop, on se recadrait automatiquement parce qu'on estimait que ça nous ressemblait pas. Là, on s'est dit "on s'en fout".?"
Un lieu qui a participé à la révélation d'artistes comme Serge Gainsbourg ne peut pas vraiment mourir. Le bus palladium revient avec de nouvelles soirées comme celle du vendredi soir résolument rock. Au programme, 3 groupes et bien sûr des Dj set mais aussi une nouvelle déco, un bar trop classe, une boule disco... le bonheur quoi ! A noter la possibilité d'avoir une carte qui permet de ne pas faire la queue, pas con pour épater les filles.
"Avant quand on faisait un morceau qui partait un peu trop électro, new wave ou pop, on se recadrait automatiquement parce qu'on estimait que ça nous ressemblait pas. Là, on s'est dit "on s'en fout".?"
Entretien par Michael Rochette
1. Vous sortez aujourd'hui votre troisième album. Comment vous êtes-vous vus évoluer au fil des albums ?
Franck : Sur le premier album, on a voulu identifier "le son Hushpuppies", on a donc recherché à retranscrire l'énergie garage du live, avec une production minimale pour rester très rock. On a un peu moins fait ça sur le deuxième, et pour ce troisième là on a vraiment laissé la place à beaucoup plus de production, sans se donner aucune limite. Pour nous le son a été mis en place sur les deux premiers disques, donc ici on s'est fait plaisir en jouant avec de nouvelles sonorités, d'autres influences, etc.
Olivier : On a surtout pas voulu refaire le même album que les deux premiers. Comme le disait Franck, on ne s'est pas posé de questions sur les deux premiers albums, on s'est juste contenter de les faire. Aujourd'hui il y a une volonté d'aller plus loin. Il y a aussi le fait qu'on a bosser avec un réalisateur, Axel Concato, et c'est la première fois qu'on ressentait ce besoin de confier nos morceaux à quelqu'un qui comprenne notre démarche et qui fasse sa propre tambouille pour nous emmener là où on ne serait pas forcément allés.
Franck : Avant quand on faisait un morceau qui partait un peu trop électro, new wave ou pop, on se recadrait automatiquement parce qu'on estimait que ça nous ressemblait pas. Là, on s'est dit "on s'en fout".
Olivier : Tout au service du morceau…
2. C'est vrai que quand on entend Open Season, le morceau d'ouverture de presque 6'30", aux trois quarts instrumental, on se dit "ils ont ouvert les vannes"…
Olivier : C'est un peu pour ça qu'on l'a mis au début de l'album, comme ça c'était réglé tout de suite (rires).
Franck : On voulait vraiment se faire plaisir sur ce morceau. "Ouvrir les vannes" c'est la bonne expression…
3. Quel est le concept de The Bipolar Drift ? Parce que même la pochette donne l'impression de servir aussi la musique…
Olivier : Dans la même optique de ne pas refaire une troisième fois le même album, on s'est demandé si ça valait le coup qu'on voit encore nos tronches sur la pochette. On a cherché quelqu'un dont on aimait l'univers et le style et on a trouvé Julien Pacaud. On lui a juste donné le nom de l'album et on lui a expliqué ce qu'il y avait un peu derrière, et tout de suite il nous a proposé cette image de gymnaste en grand écart entre deux falaises. Même si c'est une illustration, on trouvait que ça "sonnait" bien, que ça schématisait bien l'album. On a piqué l'idée de la dérive bipolaire à un scientifique qu'on a découvert un peu par hasard : Lawrence Lawford. Selon lui, l'homme est tiraillé dans toutes les situations de la vie et ce serait des forces externes qui l'influencent dans ces choix…
Franck : On ne sait pas si cette théorie est foireuse ou pas, mais en gros on trouvait qu'elle collait bien avec ce qu'on essayait de dire dans le disque. Donc c'était un titre tout trouvé. Julien se représente d'ailleurs au dos du disque, tout le concept finit par faire sens pour nous.
4. À propos de faire des choix et de grandir, est-ce que ce The Bipolar Drift est un disque d'adultes ?
Franck : C'est un disque qui est certainement moins direct. Avant, nos disques étaient plus facilement identifiables pour nos fans. Celui-ci est plus exigeant : les retours qu'on a eus, c'est que les gens l'adorent mais il faut l'écouter plusieurs fois pour rentrer dedans. Donc en ça oui, c'est un disque plus adulte. D'ailleurs en ce moment à nos concerts on a un peu perdu nos gamins de devant. Peut-être qu'on intéresse plus les papas aujourd'hui (rires).
5. Sur la fin de l'album, on entend aussi plusieurs synthés vintage qui n'étaient pas là avant…
Franck : C'est vrai qu'il y a des claviers qu'on n'utilisait pas avant tout simplement parce qu'on ne les avait pas. Sur les albums d'avant il y avait du Farfisa ou du Rhodes Fender, maintenant ce sont des Juno, des vieux Yamaha, du Chamberlin…
Olivier : Au final pour nous ce n'est pas vintage puisque ce sont des claviers des années 80 et jusqu'ici on utilisait des synthés des années 60-70. Au contraire, pour nous c'est un bond vers la modernité (rires) ! Ça a commencé avec Wilfrid et son synthé pourri qui a trouvé de nouvelles textures, et Axel derrière, qui lui est à fond de tous ces sons, qui a dit "ah ouais, là ça le ferait bien avec un Juno 60, par exemple". Et autant avant on aurait dit que ça ne faisait pas assez rock, autant là on a marché à fond avec lui.
6. Une influence Foals cachée ?
Franck : Pas forcément, mais on a forcément évolué et écouté beaucoup de nouvelles choses. Pendant notre adolescence, on écoutait du garage 60's, mais depuis on s'est intéressés à ce qui s'est fait dans les décennies suivantes. Quinze ans ont passé, il faut bien écouter autre chose.
Olivier : Les influences sont plutôt inconscientes. On compose à cinq et on écoute des choses très différentes, donc quand on arrive en studio, on est forcément encore imprégné parce ce qu'on écoute en ce moment, sans forcément toujours le dire aux autres. Chacun tire la musique vers ce qu'il aime, c'est normal. C'est ce qui a donné cet album à la fin.
7. Une fois l'album terminé, votre bassiste historique, Guillaume est parti…
Olivier : C'était sa volonté dès le départ. Il nous a annoncé qu'il voulait quitter le groupe pour des raisons familiales, mais il a tout de même tenu à terminer le disque avant. Il ne se voyait juste pas partir en tournée. Finalement, c'est assez logique pour nous d'avoir fait ça, parce qu'il est plus difficile d'intégrer un nouveau membre au moment de rentrer en studio. Là on va faire toute la tournée avec Marc, on se fait un feeling, et le quatrième album, on l'enregistrera avec lui.
8. C'est peut-être un peu tôt pour le dire, mais est-ce que vous voyez déjà ce que Marc peut apporter au groupe ?
Olivier : Déjà il nous apporte un autre groove ; ça a beau être les parties de Guillaume, il les joue différemment. Et je pense que derrière nous aussi on commence à s'adapter à son jeu.
Franck : Si par exemple on a repris "Things We Said Today" des Beatles en acoustique, c'est parce qu'il la reprenait constamment pendant les répèt'. Et puis comme le dit Olivier, chaque bassiste a une approche et des influences différentes, donc ça va forcément nous apporter des choses à terme.
9. Est-ce que c'est encore pertinent de faire une musique purement rétro 60-70's à l'heure des métissages ?
Franck : Honnêtement, on ne s'est jamais posé la question. Quand tu es dans la cave de tes parents et que tu prends une guitare ou des baguettes, tu as d'abord envie de jouer ce que tu aimes. Et puis aujourd'hui j'ai l'impression que même en matière de métissage, tout a déjà été fait ou presque. J'espère me tromper, je veux encore écouter de nouvelles musiques, mais même en termes de métissage – surtout en France – il y a déjà des trucs qui sonnent datés…
Olivier : En fait, je crois que la question, c'est justement si on sonne pas un peu datés nous aussi…
Franck : Oui, mais nous au moins on le sait (rires) ! Au final, on fait juste ce qu'on sait faire ; je ne sais pas si c'est une bonne ou une mauvaise chose, mais au moins on fait ce qu'on aime. D'autant que d'une certaine manière, cet album-ci est métissé : entre deux sortes de vintage, mais métissé (rires) !
10. Vous êtes arrivés en 2003 en même temps que toute la vague "renouveau rock français", qui nous a apporté le meilleur comme hélas le pire… Comment avez-vous vécu cette période et rétrospectivement aujourd'hui, qu'en retirez-vous ?
Franck : Pour le pire, tu parles des "bébé rockers" ? J'espère qu'on est dans le meilleur nous (rires) ! Déjà, on avait dix ans de plus que la moyenne d'âge, ça a forcément dû aider. Après ça nous a aussi aidé à nous propulser "en haut de l'affiche"…
Olivier : Il y avait une effervescence à l'époque et on en a bien sûr profité. Avant ce "retour du rock", avant le premier album des Strokes, rien que pour faire un concert, c'était la croix et la bannière. Si on est là aujourd'hui, c'est grâce à tout ça.
Franck : Après, on partait peut-être avec plus d'expérience que la plupart des groupes signés à cette époque, et la preuve, c'est qu'on est encore là aujourd'hui. C'est marrant parce que quand on a commencé à tourner après la sortie du premier album, quand on arrivait en province, les gens se disaient "oh la la, c'est quoi ces poseurs parisiens", ils nous assimilaient aux bébés rockeurs et puis en nous voyant et en discutant un peu avec nous, ils se rendaient compte que ça n'avait pas grand-chose à voir. Mais même Rock&Folk nous a vite lâchés. Du coup on s'est rapidement retrouvés livrés à nous-même et on a évolué de notre côté, un peu en marge de tout ça…
11. Arriver justement la question de la longévité…
Franck : On a énormément joué en live, il y a donc une espèce de fanbase qui s'est créée hors média. C'est ce qui nous a sauvés, je pense : même si les médias suivaient moins, les salles se remplissaient autant, voire plus comme sur la fin de la deuxième tournée. On a la chance d'avoir des fans fidèles.
Olivier : Avant même que Diamondtraxx, notre ancien label, ne se casse la gueule, on avait déjà commencé à travailler sur des nouveaux morceaux. On allait de l'avant. Quand le label a fait faillite, on s'est posé la question de comment on allait sortir le disque, mais la partie "artistique" ne posait pas de souci. On a juste décidé de le produire nous-même et de trouver un autre label pour le distribuer… Au final ça nous a seulement un peu retardé, mais ça nous a aussi laissé le temps de mûrir le disque et d'accepter plus facilement les Juno 60 (rires) !
12. Finalement, d'un côté avec cet album vous dites avoir perdu vos fans plus jeunes et de l'autre gagné de nouveaux… Est-ce un moment charnière dans la vie du groupe ?
Franck : C'est vrai qu'aux premières écoutes, on nous a dit "mais ils sont où, les Hushpuppies qu'on connaît ?" C'était moins rock, moins garage, moins immédiat… Mais d'un autre côté des gens sont venus nous voir pour nous dire qu'ils kiffaient cet album-ci alors qu'ils n'aimaient pas trop avant. Forcément tu te mets en danger lorsque tu fais ce genre d'album, mais c'était vital pour nous de le faire. Parce qu'il était hors de question de faire encore et toujours le même album.
Olivier : Tu vois, The Kills ou The Hives, il faut qu'ils fassent autre chose par exemple. Au bout du cinquième album, c'est bon, on a compris là.
13. Oui, mais ils sont quand même très bons…
Olivier : C'est pas une question d'être très bon, à un moment tu finis toujours par te lasser en tant qu'auditeur. Et nous on ne veut pas ça.