Le Main Square Festival clôture son affiche en beauté avec l’arrivée de cinq nouveaux noms et pas des moindres. L’édition 2012 promet de dépasser toutes ses promesses.
S’il vous reste de l’énergie et éventuellement quelques euros après vos visites à Rock en Seine, pourquoi ne pas aller remuer les fesses aux after shows?
« Comme je ne suis pas musicien, je n’imagine pas un morceau avant de le composer. J’ai toujours besoin de matière sonore pour avoir l’inspiration »
Entretien par Fanny Menceur
1. My Contribution To The Global Warning est-il né d’une envie ou d’un besoin ?
J’avais besoin de faire une anthologie (rires). Le but premier était de sortir des inédits. Il y a donc cinq CD. Un avec les titres les plus marquants de ma carrière, deux CD de remixes et deux CD d’inédits. Ici on est dans mon studio où je travaille tous les jours. Je démarre à 9h le matin jusqu’à 5h l’après-midi. Je fais de la musique tous les jours, mais il y a certaines choses qui ne rentrent pas dans les concepts d’album sur lesquels je suis en train de travailler. Par exemple, ces derniers temps, je travaillais beaucoup sur le Cube. Il y a des morceaux que je ne pourrai pas intégrer en concert même s’ils sont enregistrés et compilés dans mon disque durs, dont certains datent d’une vingtaine d’années. Ça commençait vraiment à m’encombrer l’esprit et je voulais un peu m’en débarrasser.
2. Comment as-tu choisi les différents titres pour composer cette anthologie ?
J’ai tout réécouté et j’ai fait une sélection au fur et à mesure. J’ai d’abord écouté tous les bons morceaux, mais il y avait encore trop et j’ai dû retirer ce qui à mon sens avaient moins d’intérêt. Certains morceaux étaient bon, mais étaient un peu trop anecdotiques ou ne marquaient pas assez leur époque. C’était hyper chiant à faire. Soit je tombais sur un titre hyper bien et j’avais les boules de ne pas l’avoir sorti plus tôt (95-96) et je me dis aujourd’hui qu’ils étaient assez en avance par rapport à ce qui se faisait à l’époque, soit je tombais sur un morceau pas bon, ce qui me foutait encore plus les boules. La sélection a été assez déprimante finalement.
3. Ton premier maxi est sorti en 1993. Il paraît évident que ta musique allait évoluer avec les années. Quels chemins musicaux et conceptuels as-tu emprunté en vingt ans ?
Je faisais de la musique avant de faire de la techno. J’ai d’abord joué dans un groupe de rock, mais je n’étais pas très bon, puis j’ai intégré un studio d’enregistrement pour devenir ingénieur du son en me disant que je n’étais pas un assez bon musicien pour pouvoir faire de la musique. La techno m’a permis de revenir à la création musicale. Tu n’as pas besoin d’être musicien pour faire de la techno. Moins tu t’y connais en musique plus tu fais une techno intéressante. Cette musique, en plus d’être une nouveauté m’a permis de m’exprimer. En 1992, la techno ne se référait à rien et n’exprimait rien. Comme c’est une musique de DJ, il faut toujours avoir les nouveaux morceaux, C’est une musique qui se régénère tout le temps. J’écoute beaucoup de musique et je cherche sans arrêt des influences. L’évolution principale de ma carrière est d’avoir changé le matériel. Comme je ne suis pas musicien, je n’imagine pas un morceau avant de le composer. J’ai toujours besoin de matière sonore pour avoir l’inspiration. J’utilise beaucoup de synthé, quelques samplers, mais je n’utilise pas tellement l’ordinateur, parce qu’il offre trop de possibilités, les software qui ce qui, au final, me déstabilise. Quand je peux tout faire, je ne fais plus rien.
L’avantage des machines du hardware est que dans la versatilité des sons. Je dois donc travailler dans un cadre concret.
4. Comment perçois-tu tes activités de DJ, producteur et remixeur ? Les envisages-tu avec une même responsabilité que tu dois honorer avec beaucoup d’exigence ?
(rires) Exactement ! Je dois les honorer avec beaucoup d’exigence. Quand je fais de la musique, j’essaie de le faire du mieux que je peux, DJ aussi et remixeur c’est pareil. Je donne le meilleur de moi-même.
5. Tu préfères l’ombre des studios ou celle des live ?
J’ai absolument besoin des deux. En live, j’ai du succès depuis un certain moment et c’est très satisfaisant pour l’égo de danser plus dizaines de milliers de personnes. J’ai été DJ un peu par la force des choses parce qu’il n’y avait pas tellement de live à l’époque. Mais j’ai aussi besoin de jouer mes morceaux en studio.
6. Quel souvenir gardes-tu de l’époque où tu étais ingénieur du son ?
Je n’étais pas un très bon ingénieur du son, j’étais d’avantage assistant dans un grand studio. J’en garde un très bon souvenir. J’ai découvert comment la musique se fabriquait, j’ai rencontré des gens super. J’ai pu par la suite réaliser les albums de Teri Moise et c’est à ce moment que j’ai réalisé que j’étais meilleur producteur qu’ingénieur du son. J’ai la connaissance technique, mais je ne suis pas très fort.
7. Tu es considéré comme l’un des pionniers de la French Touch. A ce sujet, Philippe Zdar disait que la French Touch n’avait été qu’un phénomène de mode qui s’était très vite effondrée pour déboucher sur du disco filtré. Selon toi, a-t-elle été une révolution dans le paysage musical français ?
Je ne pense pas que la French Touch ait été un phénomène de mode. La French Touch est arrivée jusqu’à Madonna qui a été produit par Mirwais, et dernier par Martin Solveig. Quant à David Guetta, il fait tous les tubes de hip hop du moment. On ne peut pas imaginer un développement plus fort. La pop mondiale a quand même été influencée par la French Touch. Pour moi, c’est plus un concept d’histoire-géo dans les années 90 en France. La musique de Air, Daft Punk, ou celle que je faisais n’avait pas un grand rapport entre elles. C’est plus une histoire de localisation dans l’espace et dans le temps.
8. Je parle de French Touch au sens strict.
Le sens strict du terme a justement côté péjoratif, parce que c’est devenu du disco filtré. Mais finalement pourquoi pas puisque ce son est devenu hyper populaire.
9. Comment juges-tu la scène électro française avec le recul ?
Plutot bien. Je suis quelqu’un de bienveillant d’une manière générale. J’aime beaucop Club Cheval et surtout Canblaster car il arrive à me faire aimer une musique qui a priori ne me plait pas. Il fait des morceaux très tordus, alors que moi j’aime ce qui est simple.
10. Ton projet Beats’n’Cube est ton projet le plus monumental. Intégrer un spectacle aussi sophistiqué et d’une aussi grande ampleur, ça fait partie d’une démarche artistique plus générale.
J’ai toujours un rapport graphique avec la musique. Les pochettes de disques ont toujours été importantes dans mes choix d’achats. Cela fait partie de la démarche d’un artiste, parce que je ne fais pas que de la musique. C’est ce qu’à essayé de faire la techno des débuts. Seule la musique était importante et l’image était secondaire. Mais le concept a montré par la suite ses limites. Même moi en tant que public et consommateur de musique, j’ai besoin d’avoir autre chose que de la musique, d’avoir un univers graphique. Je n’aime pas tellement me mettre en avant, mais proposer un live avec moi derrière les machines qui tape dans les mains ça ne me branche pas non plus. Il a donc fallu proposer quelque chose avec beaucoup d’exigence. J’ai eu la chance de rencontrer 1024 architecture qui ont construit ce cube.
11. C’est toi qui en a eu l’idée ?
Non c’est eux. Moi je suis allé les voir parce que j’avais besoin d’un stage design pour un concert aux Transmusicales de Rennes, dans la très grande scène du le Hall 9. 1024 Architecture travaille beaucoup sur les mapping projection et aussi sur la construction en échafaudage. Ils ont pu réunir leur deux compétences sur le projet Beats’n’Cube et on a travaillé ensemble sur la direction artistique.
12. Tu as collaboré avec Philippe Zdar au sein du groupe Motorbass. Pourrais-tu envisager à nouveau un projet à deux ?
J’ai fait beaucoup de collaborations, notamment sur Discount 2. Un vrai duo serait difficile aujourd’hui parce que j’ai besoin de faire de la musique tout seul. Un duo t’oblige à t’engager à fond et je ne me vois pas lâcher mon travail. En même temps tous les morceaux que j’ai pu faire avec d’autres artistes sont ceux que je préfère. Mais dans le travail, il y a toujours n moment où j’ai envie d’avoir le dernier mot.
13. Et quels sont les artistes avec lesquels tu te sens le plus proche ?
Alex Gopher qui a son studio à côté du mien depuis dix ans. On se fait écouter nos morceaux respectifs. D’ailleurs avec Alex on a une sorte de collaboration mais en faisant chacun notre musique.