Après avoir interdit à ses auditeurs de bouger leur souris pour pouvoir écouter son premier titre Puisque le Soleil Meurt, Edi Casabella revient avec sa pop néo-réaliste et « veut juste une danse » sur son titre J’espère que tu danses.
« Pour moi, personnellement, c’est important de revenir en arrière, de toucher des vraies choses, être avec des vraies personnes. »
Entretien par Adeline Lajoinie
1. On est là pour ton premier album, qui a été précédé d’un EP. Comment tu as créé cet EP, devenu un album ?
Edi Casabella : Alors, pourquoi le EP ? Je l’ai écrit lors d’un voyage en Amazonie en fait, quand je remontais le fleuve. C’était vraiment l’idée d’un voyage physique. Y’avait des chansons que j’avais commencées avant, tel J’irai cracher sur vos tombes. Mais sinon, c’était plus pour marquer un voyage. Une retraite en Amazonie. J’avais besoin de faire cet EP. Il est assez acoustique. Il a vraiment été composé, à 80%, là-bas ! J’aime l’idée de faire un voyage un peu difficile. Dans le sens où c’est un peu pour se trouver soi-même. Le plus dur, c’est d’être en accord avec soi-même. J’ai le sentiment que les voyages, ça aide vraiment à se trouver. Ce voyage, ça m’a fait grandir, bien évidemment.
2. Après, l’album arrive et, étonnamment, on ne retrouve pas du tout les morceaux du EP…
Edi Casabella : Non, c’est pas du tout le cas. Y’aura certainement deux morceaux, Un jour d’été et J’irais cracher sur vos tombes, qu’on va rajouter dedans. On va faire un album avec 16 titres. Mais si on prend que 2 titres de l’EP, ce sera certainement mieux.
3. Petit retour en arrière : comment la musique arrive dans ta vie
Edi Casabella : La musique, c’est là depuis toujours en fait ! J’ai l’impression que c’est viscéral. On ne se rend pas compte mais elle fait vraiment partie du quotidien. J’écoute de la musique depuis toujours, j’en consomme énormément. On écoutait beaucoup de musique à la maison. On faisait des repas où tout le monde jouait de la guitare autour de la table. On sortait tous les guitares. J’ai commencé sérieusement la guitare à 15-16 ans. Mais comme tous les oncles jouaient aussi de la guitare, j’y ai touché plus tôt…
4. Très vite, arrive le hip-hop dans ta vie aussi !
Edi Casabella : Oui, carrément ! Moi, je collectionne les vinyles en fait. J’ai commencé par collectionner les vinyles de hip-hop et j’en ai donc écouté énormément quand j’étais jeune. Je pense pouvoir dire que j’ai été un peu éduqué par le hip-hop. C’est-à-dire que je ne lisais pas trop de livres, c’est plus les chanteurs de l’époque qui m’ont appris la vie. J’ai beaucoup écouté la FF, Oxmo Puccino. Et plein d’autres choses !
5. Ca te vient de là, cette poésie très spontanée ?
Edi Casabella : Je ne sais pas. J’ai plus l’impression d’être un bricoleur en fait. Dans le sens où je suis plus attaché aux consonances, comment les mots s’emboitent entre eux. Je ne peux pas vraiment répondre à ta question, en fait…
6. Toi qui aime tant la musique rap, pourquoi ne pas arriver avec un album de rap ?
Edi Casabella : Parce que ce n’est pas mon truc. Je suis arrivé avec la musique qui était la plus juste pour moi et la plus sincère. J’ai cherché à faire ma musique, au final. C’était le canal le plus juste pour moi, cette musique, c’est tout…
7. Et comment tu le définirais, ta musique, justement ?
Edi Casabella : C’est-à-dire, mettre une étiquette sur cette musique ? Pop-néo-réaliste, comme vous aviez dit dans un de vos articles, j’ai adoré, c’était vraiment bien !
8. Quand on t’écoute et qu’on nous propose des « artistes similaires », c’est souvent Mano Solo, Grand Corps Malade et Abd Al Malik. T’en pense quoi ?
Edi Casabella : Béh, Mano Solo, je l’ai énormément écouté. Donc je suis heureux d’être un artiste similaire… Pour Abd Al Malik et Grand Corps Malade, on fait pas du tout la même chose mais on a certainement un amour des mots commun.
9. Tu chantes mais t’as aussi un vrai flow de rappeur. C’est quelque chose de naturel, chez toi ?
Edi Casabella : En fait, oui. J’ai besoin de mettre aussi beaucoup de mots, par moments, pour expliquer ce que je ressentais. Comme je t’ai dit, c’était vraiment le moyen le plus juste pour moi. Donc, au bout d’un moment, faut avoir un flow. Sinon, ce n’est pas possible. Et j’aime aussi chanter, surtout dans mes refrains. C’est mon truc à moi.
10. Dans tes clips, y’a aussi des images des Etats-Unis, de l’Indonésie. T’as fait un tour du monde ?
Edi Casabella : Aux Etats-Unis, en fait, on a fait le clip de J’espère que tu danses. Et pour l’Indonésie, c’est par rapport au titre Inconsolable. C’est extrait du film Parallel World de Sheitan, un artiste qui me suit, on prend ensemble des photos. Je vous invite d’ailleurs à découvrir l’ensemble de son travail ! C’est une belle rencontre artistique !
11. Dans les photos qu’on voit, y’a souvent de très grands espaces. T’as besoin de ça ?
Edi Casabella : J’ai besoin de me sentir libre, en fait. De moi-même et même des autres. Et c’est sûr que les grands espaces, ça aide à faire le point, à e projeter, à être bien.
12. C’est quoi ton rapport à l’autre, aux autres, au groupe ?
Edi Casabella : C’est assez difficile à dire. Mais non, j’aime les gens, quoi qu’il se passe. Après, pour en revenir à la musique, on a le choix, quand on est artiste, des chansons qu’on écrit. Et c’est sûr qu’il y a des histoires banales, des histoires d’amour. Parce qu’au final, tout parle d’amour, c’est le moteur. Mais, aussi, on ne peut pas rester indifférents à tout ce qu’il se passe autour de nous, dans le monde, sans rentrer dans une démagogie bizarre. On est obligés d’être généreux dans nos rapports avec les autres, d’être humains.
13. Il y a un morceau dans ton album qui s’appelle Le dernier géant. Comment est-il né ?
Edi Casabella : En fait, c’est une chanson que j’ai écrite pour mon père.
14. Il y a aussi une certaine mélancolie, sur certains morceaux, liée l’enfance, comme sur Marabout de ficelle. Ca vient d’où ?
Edi Casabella : Ca, ça vient surtout de mon côté jeune papa. Ma petite, elle a 2 ans et il m’a fallut presque 2 ans pour écrire cette chanson. Je voulais écrire une chanson dés le départ. Mais il ne fallait pas tomber dans un truc mielleux. Je voulais plus que ce soit un petit manuel, genre de l’agent secret, sur l’envol, la liberté. Ce n’est pas vraiment de la nostalgie, non...
15. Dans certaines interviews, tu parles de ton rapport au chamanisme. C’est quelque chose que tu as été cherché dans tes voyages ?
Edi Casabella : Oui, un petit peu. J’ai quelques notions mais après, c’est quelque chose qui se travaille avec le temps.
16. Y’a aussi un rapport très fort, dans tes chansons, à la nature…
Edi Casabella : En fait, j’ai le sentiment qu’on n’est plus du tout connectés avec la terre. Quand je dis la terre, c’est la vraie terre, pas le béton ni la route. On est plus dans un univers vituel. On communique par des réseaux sociaux… Pour moi, si y’a une fin du monde en 2012, c’est plus ce monde-là qui s’éteint. On est connectés de manière différente. Et ça, pour moi, ça représente la fin du monde, au final. Nous, on va continuer à exister. Et pour moi, personnellement, c’est important de revenir en arrière, de toucher des vraies choses, être avec des vraies personnes.
17. Dans cette démarche d’authenticité, t’as mis un morceau sur le net où, à chaque fois qu’on bougeait la souris, le morceau s’arrêtait. Parce que t’as l’impression qu’on écoute la musique sans vraiment l’écouter ?
Edi Casabella : Carrément ! Et moi le premier ! Je me rappelle, avant, quand j’achetais des vinyles, j’étais juste trop content. J’écoutais le vinyle pendant une semaine, à fond. Je n’écoutais que ça. Je ne veux pas forcer les gens à écouter ma musique. Mais juste, s’ils écoutent ma musique, je veux qu’ils ne fassent que ça et qu’ils l’écoutent à fond. Qu’ils l’écoutent comme elle se doit.
18. Tu as travaillé sur cet album avec Daby Touré. Tu l’as rencontré comment et qu’est-ce qu’il t’a apporté ?
Edi Casabella : Il m’a apporté, évidemment, beaucoup de choses. Déjà humainement. Une certaine ouverture aussi au niveau de la musique. La rencontre s’est faite simplement. Moi, je voulais travailler avec. Donc on a fait en sorte de travailler ensemble.
19. Est-ce qu’il t’a fait découvrir de nouvelles manières de travailler ?
Edi Casabella : C’est son rapport aussi à la musique qui était très intéressant. On s’est retrouvés sur pas mal de points. Mais ce qui est bien, dans cet album, c’est qu’il a été réalisé par Médéline. Moi, je voulais travailler avec ces deux entités, dans le sens où Daby Touré, c’est plus roots, c’est plus la terre. Et Médéline, c’est beaucoup plus aérien. J’aime bien cette image, d’avoir les pieds sur terre et la tête dans les étoiles. Et on a réussi à faire ça. C’est toujours plus facile de parler le même langage au final. Tout simplement. Et puis ils me suivent depuis le départ, depuis les premières guitares-voix. Donc c’est devenu une évidence.
C’est plus produit. Le EP, il est plus guitare-voix, percus. C’est un peu le prémisse, le EP…
20. T’avais des envies très précises sur certains morceaux ?
Edi Casabella : Oui, carrément ! J’avais des envies très précises sur certains morceaux. Mais un album, ça ne se fait pas tout seul. C’est mon album mais tous les autres doivent s’exprimer aussi. Et c’est ça qui est beau, l’émulsion artistique.
21. Tu as commencé à rencontrer ton public. Tu l’as vécu comment ?
Edi Casabella : Y’a eu quelques belles surprises sur quelques belles parties. C’était vraiment chouette parce qu’il y avait vraiment des gens qui ne venaient que pour me voir. Et c’était très touchant, quand on voit des gens chanter tes chansons. Ca fait vraiment quelque chose.
22. Dans une interview, tu as dit que ce n’était pas forcément ton rêve de monter sur scène et que les filles s’arrachent ton tee-shirt…
Edi Casabella : Non, ce n’est pas mon rêve de gamin de devenir une star. Mais c’est vrai que monter sur scène, c’est vraiment quelque chose. Je commence vraiment à prendre du plaisir dans le sens où y’a vraiment beaucoup d’énergie qui circule. Et tant qu’on ne l’a pas vécu, on ne peut pas s’en rendre compte. Mais c’est vrai que je n’ai jamais voulu être au devant de la scène.