Le Lokerse Feesten, un festival dans la région d’Anvers, en Flandres, aime à choisir une programmation basée sur des groupes déterminant dans l’histoire de la musique. Aussi, cette année, au milieu de The Beach Boys, Echo & the Bunnymen, New Order et UB40, on retrouvait le plus grand nom du ska : The Specials AKA.
Après plusieurs péripéties, The Specials AKA sont de retour. Certes, Jerry Dammers n’est toujours pas revenu sur sa décision, mais Terry Hall a reformé le groupe malgré les accusations de « fraude intellectuelle » par l’ancien clavier et fondateur. Et ce soir, la foule est là pour retrouver les titres qui ont marqué le début des années 80 par son audace autant dans les textes que dans le mélange des styles.
Dès la première chanson, les quinze mille festivaliers reprennent en chœur ‘Gangster’, leur reprise de Prince Buster, et les « Give it up » vont bon train. Sur scène, nos musiciens, plus dans leur première jeunesse, sautillent avec classe dans leurs costars, affichant toujours le look rude boy des années 60. Puis, emmenant la foule pour une balade dans leur discographie truffée de hits, The Specials AKA s’ adresse aux punks en enchaînant avec la fameuse « Do the Dog », qu’ils concluent d’un aboiement discret.
Sur ‘Dawning of a New Era’, le groupe s’amuse à ralentir pour créer un effet, et reprendre de plus belle. La foule les suit dans chaque mouvement, répondant et dansant chaque changement de rythme. Après ‘Up To You’, The Specials AKA décide avec ‘Rat Race’ de motiver les spectateurs tranquillement en train de boire leur bière dans le fond. Si leur chant exprime la frustration des classes ouvrières, ils n’incitent jamais à la violence, comme le prouve la chanson ‘Doesn’t Make It Alright’.
Roddy Radiation prend la parole : « J’entends des rires sarcastiques, mais vous n’êtes pas là pour vous moquer, vous êtes là pour danser ». Cette remarque est balayée par le ‘Monkey Man’ des Maytals, et le public attentif écoute ensuite l’histoire bluesy contée par Terry Hall sur ‘Blank Expression’ avant de gentiment pogoter sur ‘Too Hot’ de Prince Buster. Le groupe embraye sur ‘Hey Little Girl’sur lequel on savoure le premier solo de saxophone, puis Roddy Radiation s’offrira un solo de guitare à genoux sur ‘Concrete Jungle’.
Dans le public, on s’impatiente dans l’attente de Rudy… Mais le groupe continue sa playlist surchargée et après l’amusante ‘Stupid Marriage’, part sur ‘Stereotype’ soutenu par trois charmantes violonistes. Soudain, la foule reconnaît la flute traversière qui annonce ‘Ghost Town’ ! On a à peine le temps de réaliser ce moment magique, que Roddy Radiation dédie ‘A Message To You Rudy’ à « Johnny Rotten ce vrai punk » qui venait de finir son set avec Public Image Limited.
Mais le concert est loin d’être fini. The Specials AKA a plus d’un tube dans sa discographie. Après ‘Do Nothing’, on redécouvre ‘Too Much Too Young’, une ode à la contraception qui avait déchaîné la controverse en 1981. On finira avec la philosophe ‘Enjoy Yourself (It's Later Than You Think)’ sur un ton plus léger. Les sifflets résonneront encore longtemps pour les faire revenir mais en vain.
Agnès Bayou
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