Roi de l’airplay, le pré trentenaire aux valeurs très superficielles Taio Cruz a définitivement conquis les dancefloors. Pour une musique qui ne restera heureusement pas dans les annales… Taïaut, gros phénomène de mode !
Osera t’on l’asséner sans risquer des menaces de mort : oui, les Black Eyed Peas ont pourri la musique actuelle et encore plus à ce qu’ils osent appeler l’électro. Au milieu des années 2000, on pensait en avoir terminé avec la dance et tous les autres autres ersatz de la Makina espagnole. La French Touch faisait des émules et les beats de SebastiAn, Justice, Cassius ou autres membres d’Ed Banger Records faisaient du bien aux oreilles. Puis arriva la déferlante Guetta-BEP en 2009. Le groupe de hip-hop-pop américain s’était transformé en rouleau compresseur de mauvaise techno et la planète entière, le DJ français de boites d’Ibiza en tête, allait les suivre. Le vocoder est arrivé en force dans tous les styles musicaux, R&B et rap en particulier. Et l’on a jamais autant dansé dans les boites et monté le son dans les bagnoles.
Taio Cruz est un digne héritier de cette mélodie entêtante de camping. Il y a trois ans, l’on découvrait le jeune anglais avec plaisir et avec un tube imparable pour l’été : Break Your Heart. Hit des plages ultra entraînant, il fut suivi des titres Dynamite et Higher, tous issus de son album Rokstarr. Le chanteur avait, de plus, une histoire intéressante : après avoir fourni des singles en or à Britney Spears, Justin Timberlake, Usher et même Rihanna (il a collaboré au tubesque Umbrella), le jeune londonien était en train de se tailler un chemin pavé du même métal. Adetayo Ayowale Onile-Ere de son vrai nom (qu’il a eu bien raison de simplifier) est un passionné qui se laissait enfermer dans la salle de musique de son école pour improviser des titres pop au piano. Quand, à 15 ans, une de ses copines de classe fait écouter ses productions à un membre de Def Jam, il se retrouve à collaborer aux albums de Nitin Sawhney, Omar et Will Young. A 18 ans, c’est les Pussycat Dolls, Daniel Merriweather, Leona Lewis et Sheryl Cole qui font appel à ses talents d’auteur-compositeur. Toucher au travail des autres lui donne alors envie de s’essayer à une carrière perso.
Ses deux premiers opus n’auguraient que du bond avec des tubes assez calibrés mais très efficaces, comme le fameux Dirty Picture avec Kesha. On a donc attendu avec intérêt la suite. Premier extrait, Hangover (qui pousse joyeusement à se bourrer la gueule sans aucune mauvaise conscience grande classe !) avec Flo Rida. Et une très forte envie, justement, de rendre tout son déjeuner. Ca commence bien avec une guitare rock grattée mais ça part vite en live avec des tonnes d’arrangements faussement électroniques et vraiment insupportables. Deuxième essai avec Troublemaker. Voix vocodée à la Will.i.am et hymne de stade, pas mieux. On retrouve ici pas mal de producteurs en vogue (Dr Duke, Red One, Steve Angello…). De l’ultra dansant et un peu plus pop Make It Last Forever au futuriste Tatoo (peut-être l’un des morceaux les plus réussis, c’est dire) en passant par le sirupeux à l’écoeurement You’re Beautiful, on est trop souvent dans la caricature du chanteur R&B d’aujourd’hui. Et c’est bien là que la musique heurte nos oreilles : elle n’a plus aucune identité propre ! Même sa ballade Telling The World part en vrille mélodramatique.
Tombé tête la première dans le pur cliché, Taio Cruz diffuse une musique qui cartonne sur tous les dancefloors mais ne marquera heureusement pas l’histoire !
Adeline Lajoinie
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