Plus sensuelle et pop que jamais, la douce Norah Jones revient avec un album post-rupture des plus épineux, magnifié par les productions de Danger Mouse. Magnétique.
C’est amusant comme certains artistes deviennent parfois nos amis. Pas pour de vrai, bien sûr, Norah Jones n’est malheureusement jamais venue à une de mes fameuses soirées raclette. Mais à force de les suivre depuis leurs débuts époustouflants jusqu’à leurs changements de style en passant, toujours, par de petits passages à vide, on a quand même l’impression d’avoir toujours été à leurs côtés (et vice-versa). Norah – on a le droit de l’appeler par son prénom, oh, ça fait dix ans qu’on la connaît, n’avait que vingt-trois ans quand nous avons été présentées. Elle nous a immédiatement fait chavirer le cœur avec son tout premier album, Come Away With Me, concentré de douceur jazzy émaillé de singles imparables comme ce Don’t Know Why avec lequel on a adoré boire son café, la tête dans les nuages, les dimanches matins. Enorme succès, couronné de cinq Grammy Awards, le disque assure à cette fée au timbre de miel et au physique de rêve une carrière pérenne.
Après quatre albums plus ou moins réussis (Feels Like Home, en 2001, sonnait comme une pâle copie de Come Away With Me), la belle a clairement opéré un virage musical. Depuis The Fall qui racontait, comme son nom l’indiquait, sa très douloureuse rupture avec son bassiste de petit ami Alexander Lee, la jazzy girl lorgne définitivement du côté de la musique pop. En 2010, elle s’offre un grand plaisir avec …Featuring sur lequel elle chante en duo avec les Foo Fighters, Outkast, Q-Tip, Ryan Adams ou Herbie Hancock. Autre parenthèse enchantée, en 2011, elle pose sur trois titres du sublime Rome de Danger Mouse (Brian Burton, l’autre géniale moitié de Gnarls Barkley qui a collaboré avec The Black Keys, Beck et prépare le prochain U2). C’est avec lui qu’elle décide alors de créer son cinquième opus, à nouveau basé sur une rupture amoureuse. Ici, la jeune femme n’est pas vraiment sombre, plutôt grinçante. Et dieu que cela lui va bien !
Pendant ses mois d’enregistrement dans le studio de Brian Burton à Los Angeles, elle s’asseoit sous l’affiche d'un film des années 1960 : Mudhoney de Russ Meyer. Très sulfureuse et girl power, elle décide alors de s’en inspirer pour la pochette de Little Broken Hearts. Et il est vrai que la tendre Norah n’aura jamais été aussi aguicheuse dans sa voix et ses mimiques vocales. L’on pense par exemple au malicieux Say Goodbye ou au très folk Out On The Road. Sachant se révéler mordante, la chanteuse a écrit une chanson où elle supprime la maîtresse de son ex, Miriam. A trente-trois ans, la fille de Ravi Shankar est une femme, une vraie et faut plus la chercher. Sur 4 Broken Hearts, très planant, elle se transforme en rockeuse alanguie qui pourrait figurer dans la B.O. d’un film de Tarantino. Autre petite pépite, le dernier morceau, All A Dream, avec ses mini riffs de guitares sont aussi violents qe contemplatifs. On se sent alors presque ému d’entendre à quel point notre petite Norah Jones est devenue une chanteuse-maitresse-femme accomplie !
Adeline Lajoinie
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