Il est 19h30 précise et une queue impressionnante s’étend tout le long du boulevard Rochechouart. Chose rare à Paris, le public est à l’heure. A l’intérieur de la Cigale, tout le monde est sourire et semble impatient que le concert commence. Rien de plus normal, la plupart sont déjà initiés aux shows rocambolesques de Nadeah, ils en redemandent et pour cause…
Avant que la tornade blonde australienne ne débarque sur scène, une première partie est assurée par le groupe français We Were Evergreen. Trio charmant mélangeant avec intelligence pop, folk et auto-sampling, We Ever Green joue sur les harmonies vocales pour une vague de fraicheur spontanée. Les spectateurs ne s’y trompent pas et suivent le concert avec une grande attention et même une jolie ferveur.
Le temps d’un verre et d’un changement de plateau, le show peut commencer. Quatre des membres du groupe arrivent sur scène, ils enfourchent leurs instruments et débutent une intro très Carmen à la grosse différence qu’au bout de quelques mesures, un break noisy punk vient casser la rythmique classe et chaloupée pour la ballade country d’I Burned a Cowboy a the Melbourne Airport. C’est à ce moment-là que Nadéah entre en scène jucher sur des talons hauts, chapotée d’un couvre-chef en paille, habillée d’un trenchcoat aux motifs sauvages et armée d’une cravache. Fais-nous mal Nadeah ! Fais-nous mal !
Alors qu’elle pourrait simplement minauder et jouer de sa sulfureuse plastique pour charmer le chaland, Nadeah donne de sa personne aussi physiquement que vocalement. Pendant Pinot Noir and Poetry for Breakfast, elle se transforme en Mathias Malzieu de Dionysos et traverse la Cigale de gauche à droite, de bas en haut tout en criant. Effet assuré, la salle est à bloc et en redemande. Fais-nous mal, fais-nous mal !
Musicalement, Nadeah est entouré d’un groupe, un vrai, pas des musiciens convoqués à une certaine heure pour un concert qui jouent une partition, ils se donnent à fond et semblent réellement s’éclater tout comme leur leadeuse. Musicalement, on est très loin du concert planplan, de la débutante jouant académiquement les morceaux de son premier album Venus Gets Even, ici tout est revisité, retravaillé et les versions live deviennent organiques et donnent l’impression que chaque titre est intense comme pour une fin de set.
Très rythmé, voire complétement électrique, Nadeah sait aussi poser les esprits avec des ballades personnelles très mélodiques et gorgées de sentiments comme Tell Me ou Song I Just Wrote où elle termine avec les larmes aux yeux, émue par le chemin parcouru et par la présence de tous ceux qui ont su croire en elle. Nadeah a ce pouvoir de passer du rire aux larmes en quelques instants comme sa compatriote Sia. Elle a aussi ce don de communiquer sans filet et de toucher intensément. Pour promouvoir son concert du 29 juin au café de la Danse, elle invite celui avec qui elle partagera l’affiche : Ben Mazué. Nouvel arrivant dans le game du rap français, Ben Mazué vient reprendre Get Off de Prince dans une version encore plus funky que l’original. Le set se termine en apothéose avec le single jazzy-pop Odile pour lequel le public joue les chœurs.
Nadeah reviendra pour un rappel déchainé. On sent qu’elle a du mal à quitter la scène, qu’elle veut donner encore et encore, continuer à parler à son public avec son franglish so sexy encore et encore, à jouer toujours et encore plus. On demandait à ce qu’elle nous fasse mal mais finalement, c’est tout le contraire qu’elle a à offrir : de la joie, un sourire jusqu’aux oreilles et une bonne humeur communicative. Avec une aisance déconcertante et un talent à la mesure de sa folie, Nadeah est un phénomène live à voir et à revoir. On comprend mieux l’impatience de ceux qui ne sont plus « vierges » de ses shows avant que le spectacle ne commence. Une première fois sans douleur et surtout avec un maximum de plaisir, on remet ça ?
Alexandre Blomme
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