Plus du tout aussi Nasty, Nas revient avec un album choral. Et au milieu de tous ses invités et de cette nouvelle pop, on a un peu de mal à retrouver le rappeur au flow impeccable et à la poésie rare qu’on aimait tant…
Nasir Jones est très vite devenu une icône du hip-hop. Et l’est toujours resté, coûte que coûte. C’est au début des années 90, que ce fils du trompettiste Olu Dara, défriche les terres du rap américain, notamment avec le génial Illmatic, en 1994 puis avec le non moins historique It Was Written en 1996, sur lequel on trouve le méga tube If I Ruled The World en feat avec Lauryn Hill. Celui qui a vendu plus de 20 millions d’albums dans le monde a sorti neuf albums et 3 compilations qui lui ont valu 11 nominations aux Grammy Awards. Mais surtout, Nasty Nas est connu pour ses lyrics ultra cinglants, frappant toujours là où ça fait mal et son flow posé et fluide très reconnaissable. Nas, c’est aussi les clashs et la polémique. En 2001 débute une longue période de rivalité avec Jay-Z, avec le morceau Takeover de Jay et qui se prendra fin lors d’un concert commun en 2005. Cette même année, alors qu’il se marie avec la chanteuse de R&B Kelis, Nas se fait à nouveau attaquer, mais cette fois par 50 Cent via le titre Piggy Bank, auquel il répondra plus tard avec sa plume légendaire… Et même après quinze ans de carrière et neuf albums, Nas fait encore parler de lui : son dernier opus, Untitled, en 2008, devait au départ s’appeler Nigger et a provoqué un pré-boycott des distributeurs.
Ces dernières années, le roi du rap East Coast avait quelque peu déçu. Cédant parfois aux sirènes de la pop et du bling bling, il a livré un Untitled inégal qui avait laissé les fans quelque peu sur leur faim. Son opus en collaboration avec Damian Marley, Distant Relatives, en 2010, n’avait, lui, auguré que du bon pour la suite avec de vrais beaux morceaux comme As We Enter. Ce dixième opus de Nas était donc des plus attendus. L’on aurait cependant du se méfier devant la très longue liste des producteurs : NO I.D., Salaa Remi, Swiz Beatz, Rodney Jerkins, J.U.S.T.I.C.E. League (pas les nôtres), Buckwild et Heavy D. Autant de sonorités différentes sur l’album d’un artiste qui est connu pour son manque de constance, c’est déjà prendre le gros risque de créer un méli mélo de beats à la mode sans aucune cohérence. L’album commence pourtant très bien avec un No Introduction très mélodique, avec de grandes nappes de piano, sans refrain, un vrai morceau « à la Nas ». Le Loco-Motive avec Large Professor, qui semble se passer dans un métro new-yorkais sous tension, est plutôt bien réussi. Presque cacophonique, bien dark, Queens Story continue dans le très bon Nas et se termine par un génial a capella. Cerise sur le ghetto, Accident Murderers feat Rick Ross et ses grands moments de lyrisme est peut-être l’un des meilleurs morceaux de l’album.
C’est un peu plus loin que ça se gâte et que ça se poppise. World’s An Addiction avec Mary J. Blige est à oublier aussi vite que le très mauvais Cherry Wine avec Amy Winehouse, qui sonne tristement comme un copié coller posthume et opportuniste d’une session studio qui n’a jamais été jusqu’au bout. A peu prés aussi insupportable, le Summer on Smash avec Swizz Beatz mais surtout Miguel, qui apporte un côté latin lover bien ridicule ici. Summum du mauvais, le R&B You Wouldn’t Understand avec Victoria Monet est à oublier d’urgence. Le rappeur se rattrape aux branches avec quatre morceaux en solo des plus réussis comme le bien oldschool Back Then, le plus jazzy Stay ou le répétitif et tout rythmique The Don. Mais ces derniers moments de bonheur n’arrivent pas vraiment à effacer l’écoeurement qu’a provoqué les morceaux sirupeux et pop précédents.
Adeline Lajoinie
rédac'chef(1) commentairesPartager