Plus de quinze ans qu’ils distillent leur rap engagé et sans concession. La Rumeur ne cesse de se répandre et il est toujours aussi difficile de les contrôler. Tant mieux, du rap à textes et à message, ça fait vraiment du bien !
On a beaucoup entendu parler de La Rumeur ces dernières années et pas toujours pour des raisons musicales. Huit ans de marathon judiciaire se sont terminés il y a deux ans contre un ministère de l’intérieur qui les avait accusés de « diffamation publique envers la police nationale. » Le groupe de rap parisien (et surtout Hamé) a définitivement été relaxé en Juin 2010. Fortes personnalités et plumes acérées, Hamé et Ekoué ont fait parler d’eux l’an dernier à la sortie de leur film en deux parties diffusés sur Canal +, le sublime De l’encre, satire ultra pertinente du rap bizness qui ne tombe jamais dans le pamphlet contre les maisons de disque ou les slameurs consensuels. Depuis le début des années 90, La Rumeur n’a pourtant pas chômé côté hip-hop. Le quatuor (qui compte également Philippe aka Le Bavar et Mourad aka Le Paria) a promené son rap indépendant - d’autres diraient underground, voire sans concession, sur trois albums de 2002 en 2007. Toujours ancrés dans la réalité et suintant l’actualité brûlante.
Pas du tout rangés des micros, ceux qui ont fait de petites parenthèses chacun de leurs côtés (Hamé avec l’équipe de Zone Libre, Casey et Serge Teyssot-Gay de Noir Désir, Le Bavar et Ekoué ayant sorti des mixtapes et morceaux solos) n’ont jamais arrêté de tourner ni de sortir des morceaux ensemble. Et c’est en pleine forme qu’on les retrouve pour un quatrième album toujours plus corrosif qui déboule entre les deux tours des présidentielles, « par hasard » selon les protagonistes même si c'était déjà le cas en avril 2002, avec L'Ombre sur la mesure accompagné d’un fanzine qui leur avait valu bien des problèmes judiciaires. Il est clair que sur Tout Brûle Déjà, toute résonance avec cinq années de règne critiqué de Nicolas Sarkozy n’est absolument pas fortuite. S’ils ne sont plus vraiment que trois (Mourad n’apparaît que sur un seul titre), ces Mc’s d’exception n’ont toujours pas prévu de mettre leurs micros dans leurs poches ni de faire dans le politiquement correct. Pas toujours bien compris par les médias et jamais passé en radio, La Rumeur a la parole libre et qui transpire le bitume. Ici, c’est la rue qui parle, les opprimés, les oubliés. Jamais Hors sujet, comme ils l’expliquent sur ce titre éponyme d’une belle énergie, ils sont allés faire le tour des quartiers pour rencontrer ceux qu’on n’entend jamais.
Cela donne des morceaux aux prods brutes, très souvent rentre-dedans et aux textes qu’on écoutera de nombreuses fois pour en saisir toute la portée sociale et politique. Parce qu’ils s’inspirent de la vie, la vraie, leurs treize titres ne respirent pas souvent la joie de vivre. Accentués par des flows lourds et lancinants, ils touchent forcément par leur vérité. Tous ces mômes vont grandir (feat. Ruffsound) est un message d’espoir et d’appel à la rage envers une jeunesse qui aura le pouvoir si elle le décide. P’tite Laura (feat. MK-Zoo) revient sur les problèmes de drogues de la jeune génération et sonne, sur des beats mélodiques, comme une version hip-hop du P’tite Conne de Renaud. Plus électro mais toujours aussi hargneux, l’excellent Hommage à la marge feat. Soul G donne la parole à ceux qui tournent en rond en prison. Pas uniquement sociaux, les rappeurs de La Rumeur aiment aussi parler des petits moments de leur vie comme ce sombre et presque nostalgique Un soir comme les autres.
Un album loin de toute évidence et de toute facilité.
Adeline Lajoinie
rédac'chef(0) commentairesPartager