Les Pogues du XXIème siècle. Voilà tout simplement ce que deviennent les Dropkick Murphys avec un album qui va chercher encore plus loin dans le côté folklorique de leur rock celtique. Les chansons deviennent des hymnes, et comme pour bien savourer une bonne pinte de Guinness, ils ont de sacrés amis qui viennent trinquer avec eux !
C'est quand même la classe. Etre un petit groupe punk de Boston, commencer à jouer dans des rades, enchaîner des tournées à travers le monde en portant toujours un message et des valeurs propres à la fameuse « working class », et se retrouver avec en invité sur son disque un certain... Bruce Springsteen. Le Boss débarque à Boston, et ça bastonne plus qu'à Bastogne ! La voix légendaire se greffe à celles des irlando-américains pour l'un des grands moments du disque, en revisitant la traditionnelle « Peg O'My Heart ». Un choix de chanson justifié par le fait que les deux grand-mères du bassiste-chanteur-leader-fondateur du groupe Ken Casey se prénomment Peggy.
Et le côté traditionnel, si cher au pays vert, est bien entendu à l'honneur, ne serait-ce qu'avec une autre reprise, la fameuse « Irish Rover », que les Pogues et les Dubliners avaient joué en leur temps, qui se retrouve ici en version supersonique. Mais les Dropkick ont aussi leur propre touche. Elle était essentiellement punk auparavant, mais la maturité aidant, ce genre ne sert plus que de racine au trèfle à quatre feuilles de leurs compositions. C'est toute la ribambelle d'instruments incitant les chevilles à venir danser la gigue qui est de sortie : et le banjo sur « Take'em Down » (chanson dédicacée aux combats des syndicats de dockers contre leurs exploitants de patrons ), et l'accordéon sur « The Harderst Mile », et la mandoline sur l'introduction épique de la superbe « Broken Hymns », et la flûte irlandaise sur « Memorial Day », la chanson qui sent bon l'ambiance des pubs et donne soif à tout moment de la journée, mais surtout, surtout, la cornemuse.
Si le fameux instrument à vent a toujours été présent sur les disques des Dropkick, elle ici à son apogée, présente sur quasiment chaque morceau, et leur conférant un aspect presque martial assez révélateur de toute la puissance concentrée dans cet album. Le premier titre, « Hang'Em High », sonne comme la bande-originale parfaite de Braveheart, alors que l'incroyable intro de « Deeds Not Words » donne foutrement l'impression de se retrouver dans les Highlands. Mais tout n'est pas que festif dans cet opus, et la cornemuse sait aussi se faire mélancolique et dramatiquement superbe sur « 1953 ». Vraiment, cet album pousse le bouchon encore plus loin dans la discographie des Dropkick Murphys et les instaure sans conteste dans le fauteuil des leaders du genre. Un sacré tour de force, tant les DKM parviennent à rendre parfaitement hommage à leurs origines tout en se permettant de jolies facéties, à l'instar du titre qui donne son nom à l'album, « Going Out In Style », improbable course-poursuite sonore mettant en scène l'enterrement d'un personnage, avec de nouveaux invités, dont Fat Mike de NOFX. Sans doute leur meilleur album, et la bande-son idéale d'une Saint Patrick réussie.
Sébastien Delecroix
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