Avec Devotion, le duo bordelais livre un album débordant de bonnes intentions, mais au résultat inégal. L’originalité et la provocation ne sont plus vraiment à l’ordre du jour. Ca s’essouffle un brin ?
Kap Bambino était apparu comme ça sorti de nulle part en 2002 avec un premier album éponyme, qui conjuguait avec panache, pop mordante et perturbations électroniques. Peu bavards en interview, Caroline Martial et Orion Bouvier avouent avoir grandi au son des premiers disques de Suicide et de l’âge d’or du grunge. Depuis dix ans, le duo alterne ainsi de manière imprévisible le précieux et le boueux, les battements belliqueux et l’hédonisme béat.
Symboles anti-carriéristes de la scène bordelaise, les Kap Bambino sont de ceux qui fichent des règles comme de leur premier jeu de cordes, qui placent la gigue comme leitmotiv et tant pis si ça doit bourriner un tantinet sur les côtés.
Aujourd’hui le groupe revient avec un cinquième album, Devotion. La première chose qui attire l’attention ici, c’est le son : sa qualité, sa forme, bref sa production qui allie pureté et crasse. Ce disque se veut encore une fois une démo du vrai underground, celui qui vit dans les chambres exiguës et qui se contente des cafards comme public.
Resistance Alpha qui ouvre l’album impose un maximalisme décomplexé. Un morceau impitoyable, chargé en phéromones. Obsess et Devotion réconcilient quant à eux tous les dancefloor. Ceux où la Converse en lambeau est de rigueur et ceux où la boule à facettes fait briller les lunettes de soleil dans la nuit.
Pourtant, alors qu’interviennent ces myriades d’happenings sonores, survient aussitôt un manque croissant les morceaux défilant. Le duo cherche la pop, mais manque la frénésie et la force des accroches mélodiques. Comme si en trouvant la forme, Kap Bambino semble avoir oublié le fond. Comme si dans sa sophistication, il diluait les émotions, perdait son âme musicale et effleurait nos sens sans jamais les saisir véritablement. Le duo a beau essayer de restaurer la foi de l’amateur fervent, celle qui indique qu’il est bien plus qu’un groupe bruitiste, mais un abreuvoir de mélodies enivrantes et faussement naïves, rien n’y fait. La production relève péniblement ces morceaux dépourvus de grogne, à tendance parfois faiblarde. Under Tunder et The Lost qui clôturent cet album dont l’intérêt est pourrait être discutable, développent une noisy sans perspective et feraient presque bâiller. On attendait forcément d’avantage de flamboyance de la part d’un groupe qui a pour habitude d’insuffler un esprit libre et sans compromis.
Fanny Menceur
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