Amanda Palmer directrice du FMI. Ca aurait de la gueule non ? On imagine d'ici les réunions... N'empêche que, la crise, cette fameuse crise du disque que l'industrie musicale brandit à tout va pour justifier les mauvaises ventes des mauvais albums, elle a su la dompter. A grands coups de fouet.
L'idée de départ n'était certes pas la plus originale de l'univers : demander aux gens de financer eux-mêmes l'album. Même Grégoire en France l'a fait, via My Major Company. La comparaison s'arrêtera là. Sur Kickstarter, Amanda « Fucking » Palmer, puisqu'il convient désormais de l'appeler ainsi, a réuni plus d'un million de dollars. Boum. Le jackpot. Le brelan d'as. Le pari sur le handball français. Autant dire qu'elle avait les moyens, qu'elle a dû en garder un petit peu dans le coffre-fort pour partir en vacances, et qu'elle a pu travailler sereinement sur son disque. On connaissait déjà son univers déjanté, venant de son parcours artistique dans le monde fantastique du cabaret, qui transpirait par tous les pores de la musique des Dresden Dolls, son ancien groupe. Ce côté théâtral est bien entendu au rendez-vous, ne serait-ce que dans le titre, mais aussi dans la structure de l'album, avec un « Meow Meow Introduces The Grand Theft Orchestra » en guise de trois coups de bâton, et un très justement baptisé « A Grand Theft Introduction », histoire de mettre au premier plan les personnages pas si secondaires de The Grand Theft Orchestra, backing band de la chanteuse déjantée sur ce second album. Ou troisième, si l'on accepte de comptabiliser son improbable disque de reprises de Radiohead... au ukulélé.
Dans le rôle principal, on retrouve l'organe de la dame, jouant des cordes vocales et des dynamiques sur un morceau comme « The Killing Type ». On sent une volonté de se contenir, de calibrer certains morceaux pour ne pas les perdre en chemin, de donner un aspect pop et efficace aux compositions. Outre la présence assez récurrente de cuivres, c'est le synthé qui vient partager l'affiche de ce théâtre diabolique, comme sur « Do It With A Rocksatr », ou le gros tube « Want It Back ». Ce dernier est la parfaite illustration du sens de la mélodie de AFP, qui 'envoie pas que des dépêches : « Trout Heart Replica » dure plus de sept minutes d'une mélancolie poussée à l'extrême et tous violons dehors. Même tarif au compteur pour la plus nerveuse « Berlin ». Entre quelques expérimentations, on retrouve le piano-voix qui l'a fait connaître sur « The Bed Song », ce qui ne fait que nous perdre encore un peu plus, dans un labyrinthe musical dont on est pas forcément pressé de sortir. Au contraire, on repassera volontiers dans les moindres recoins pour être bien sûr de ne rien avoir loupé. Entre les chansons percutantes et celles aux structures plus développées, on prend autant de virages que les quinze morceaux qui rythment la représentation de « Theatre Is Evil ». On appelle cela de la créativité. Meilleur remède à la crise du disque.
Sébastien Delecroix
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