Magnifique. Splendide. Enorme. Les adjectifs fusent de toute part à la fin de ce concert épique des canadiens d'Arcade Fire, qui viennent de faire chavirer le site des Eurockénnes avec 1h30 de chansons parfaites pour conquérir les stades.
Il y a des signes qui ne trompent pas. Quand à la fin des chansons les gens dans le public continuent de faire les choeurs du refrain, sous le regard ébahi du groupe, c'est qu'il se passe quelque chose. Il y a eu durant ce concert une véritable communion entre Arcade Fire et les festivaliers. Déjà avant la rentrée du groupe sur scène, l'effervescence était encore plus perceptible que lors de la plongée d'un cachet d'aspirine dans l'eau. La Grande Scène était décorée en l'honneur du groupe, avec en haut une devanture comme celle des cinémas américains, annonçant « Tonigh : Arcade Fire », et un écran géant en dessous, balançant de superbes images, toujours bien à propos avec la musique. Sur la garage « Month Of May », l'effet de la route de nuit qui défilait était saisissant. Tout semble parfait, dans la musique comme dans la scénographie.
Rentrée sur scène avec « The Suburbs », l'hydre à huit têtes prend tout de suite possession de son espace de jeu pour ce soir. Ils semblent tous en transe, habités par leur musique. Le chanteur principal, Win Butler, n'a pas un prénom de perdant, et s'efface volontiers au profit de ses compères. Il commence en retrait, sur le piano, puis rejoint le premier rang, guitare en main, avant de la troquer contre une basse, ou de venir se faire caresser les mollets par des premiers rangs euphoriques devant cette machine encore mieux huilée qu'une page du calendrier Pirelli. C'est un véritable jeu de chaises musicales auquel se livre le groupe. Ils ont l'air d'une communauté hippie, et transpirent le sens du partage. Et ce qu'ils partagent, c'est une flopée de sacrées bonnes chansons. Si le très bon dernier album du groupe, « The Suburbs », est bien évidemment mis en avant avec l'incroyable « Ready To Start », « Rococo » (très Pixies), « We Used To Wait » ou encore « Suburban War » et son intro épique, Arcade Fire n'oublie pas ses succès passés, en s'envoyant par exemple la trilogie des « Neighborhood ».
Il est épatant de voir à quel point le groupe parvient à interchanger les instruments, et même les ambiances. On peut passer d'un gros délire pop tropical avec la bien-nommée « Haïti » à une flambée disco très Blondie sur « Sprawl II (Moutains Beyond Mountains) », sur laquelle la voix de Régine Chassagne fait des merveilles. Et la voici en train de danser avec des rubans. Ce concert est une fête. Pour les yeux, les oreilles, les jeunes, les vieux, la viande saoule, les critiques rock blasés et même les vendeurs de kebabs. Et ce ne sont pas des titres comme « Rebellion (Lies) », « Keep The Car Running » ou l'orgue surpuissant de « Intervention » qui vont faire retomber le groupe des sommets inexpugnables sur lesquels il s'est propulsé avec ce show dantesque. Arcade Fire est rentré dans la cour des plus grands groupes du monde, et n'a eu besoin que de 90 minutes pour sublimer ces Eurockéennes 2011. Génial. Superbe. Parfait.
Sébastien Delecroix
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